Les campagnes électorales sont, pour tous les prétendants au poste de répresentant du peuple, l'occasion de promesses enjôleuses qui, pour la plupart, ne seront, ou ne peuvent être tenues. On parle alors de manipulations et de mensonges, mais à quoi nous référons-nous exactement en employant ces termes ?
La réponse à cette question est moins évidente qu'il n'y paraît comme vous pourrez en juger en lisant ce qui suit.
Le développement des attaques
ad hominen* dans les débats politiques signe l’incapacité de nos édiles et de leurs prosélytes à remporter une élection à l’aide d’une argumentation de qualité, claire et rigoureuse, certes exigeante, néanmoins respectueuse des promesses avancées, des adversaires, des électeurs, de la dignité humaine, etc., et, pour finir, cohérente avec les actions entreprises. Ce seul détail, loin d’être anonyme, mais « ignoré » tant il est banalisé, devrait nous alerter sur les dispositions de nos futurs dirigeants à résoudre les problèmes pour lesquels ils nous proposent tous des solutions miracles.
À chacun ses recettes, mais s’il est bien un sujet sur lequel tous les postulants au titre de représentants du peuple sont d’accord, c’est bien celui de la manipulation. À en croire nos candidats, de droite, de gauche, du centre ou des extrêmes, et ce, quelles que soit les élections en cours, présidentielles, législatives ou communales, etc., leurs opposants sont tous des menteurs. Cela revient à dire, que tous les aspirants à une fonction électorale nous manipulent, et il est désormais « banal » d’entendre les différents prétendants se traiter mutuellement de menteur ou de manipulateur (ce qui, comme nous le verrons, est la même chose) à chacune des campagnes électorales. Plus ils ont de pouvoir, plus ils sont accusés de manipulation et plus ils accusent autrui d’être des manipulateurs.
Triste et sombre constat de ce qu’est devenue notre démocratie, surtout lorsque l’on sait ce qu’est vraiment la manipulation.
Mais à y regarder de plus près… que savons-nous au juste sur la manipulation ?
À vrai dire, et paradoxalement, si beaucoup de personnes se croient à l’abri des manipulations, et des manipulateurs (il n’est en effet guère réjouissant ni très valorisant d’être pris pour le « dindon de la farce »), force est de constater à quel point notre ignorance est grande face à un phénomène qui atteint aujourd’hui de telles proportions que les plus grands spécialistes de la question le qualifient de « Mal » du siècle.
Ainsi, Jean-Marie ABGRALL, psychiatre criminologue auteur de livres références sur la manipulation (« La mécanique des sectes », « Les sectes de l’apocalypse », « Tous manipulés, tous manipulateurs », etc.), nommé au Conseil d’Orientation de la MILS (ancêtre de la MIVILUDE – Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) déclare que la
« manipulation est un mensonge » (in « Tous manipulés, tous manipulateurs »). Philippe BRETON, professeur des Universités, reconnu comme l’un des plus grands spécialistes français de la parole et de la communication, auteur de nombreux ouvrages sur la rhétorique et l’argumentation (« L’incompétence démocratique », « La parole manipulée », « Convaincre sans manipuler », « Les refusants », etc., etc., etc.) affirme que la
« manipulation est une violence » (in « La parole manipulée », ouvrage récompensé en 1998 par l’obtention du Prix de philosophie morale et politique de l’Académie des sciences morales et politiques). Fabrice D’ALMEIDA, auteur de « La manipulation », livre reprenant l’usage de ce terme à travers l’histoire, nous apprend que
« la manipulation, comme système de représentation péjoratif de la ruse, est fille de la modernité politique. Elle en est un des repoussoirs ». Ariane BILHERAN, psychologue clinicienne, reconnue comme l’une des plus grandes spécialistes françaises sur la question du harcèlement (auteure de « Harcèlement, familles, institutions, entreprises », « Le harcèlement moral », « Tous harcelés ? », etc., etc., etc.), nous précise que les techniques de manipulation
« qui visent à soumettre, rejoignent l’emprise psychologique, le contrôle psychologique de l’autre. Mais en outre, le système harceleur manie, avec une redoutable efficacité, ce que l’on nomme le conflit de loyauté, et qui est le mode opératoire le plus fondamental de la torture » (in Les Cahiers RPS – Risques Psycho Sociaux –, revue semestrielle parrainée par le Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé pour la prévention des risques d’atteintes psychologiques au travail). Etc., etc., etc.
Pour ceux qui ne l’auraient pas compris au travers de ces quelques citations, la manipulation porte en germe une destructivité qui ne peut être analysée que grâce à une connaissance pluridisciplinaire absente des formations universitaires. Cette connaissance est bien souvent le fruit d’une longue expérience de terrain, d’une capacité d’analyse et d’un esprit critique particulièrement développés, seuls à même de générer le discernement et la préservation du droit le plus fondamental de notre nature humaine, qui est notre
libre arbitre dont la manipulation en nie, tout à la fois, l’expression et l’existence.
Résumons-nous : la manipulation est une violence qui, dans sa forme paroxystique (plus communément nommé « harcèlement », sachant que le harcèlement s’instaure là où la manipulation échoue et ne produit plus les résultats escomptés), revêt le caractère d’une torture mentale, qualifié parfois de « terrorisme psychologique ». Elle est aussi « mensonge ». Or, dans la tradition philosophique chinoise,
« l’art du mensonge, c’est l’art de la guerre » (in « Les 36 stratagèmes, manuel secret de l’art de la guerre »).
En quelque sorte, cela revient à dire que les personnes qui visent un mandat électoral pour exercer des fonctions de représentants du peuple, et qui se livrent à des manipulations font la guerre à leurs électeurs tout en prétendant vouloir les sauver du marasme ambiant dans lequel ils les plongent. Histoire de fous comme nous verrons dans cette série d’articles. En effet, un tel écart entre les vœux affichés et l’intention sous-jacente à toute entreprise de manipulation ne peut être que le signe d’une maladie mentale qui n’ose pas dire son nom.
Est-ce grave docteur ?
Assurément bien plus que l’on ne saurait l’imaginer si l’on en croit un certain Carl Gustav JUNG qui disait :
« Lorsque tout va bien, les fous sont dans les asiles. En tant de crises, ils nous gouvernent ». Et de ces fous, l’histoire de l’humanité en a croisé plus d’un.
Par ailleurs, je ne voudrais pas complexifier cette problématique qui n’est déjà pas si simple, mais les toutes dernières découvertes en neurosciences et en biologie moléculaire et génétique attestent sans équivoque de l’impact, particulièrement destructeur, de la manipulation sur notre inconscient individuel et collectif, et démontre, sans ambiguïté, les graves atteintes sur la santé physique et mentale qu’elle porte aux individus qui y sont soumis, tant sur un plan personnel que sociétal. Ce que nous aborderons dans la seconde partie de cet article en traitant d’un sujet si cher à nos élus qui l’évoque toujours en jouant outrageusement de l’émotionnel, je veux parler de la violence et de l’insécurité qu’elle génère.
Pour les plus curieux d’entre vous, qui souhaite approfondir leurs connaissances du sujet, lire l’article du Nouvel Obs relatif à la manipulation et à ses conséquences sur les individus :
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120330.OBS5128/p...
Pour conclure cet article sur une note humoristique et proposer une solution au marasme actuel de nos sociétés démocratiques, dîtes « civilisées », je dirais qu’il n’existe qu’un seul remède à la crise : virer tous ces fous qui nous gouvernent ou prétendent nous gouverner en proposant un changement qui s’inscrit dans la poursuite des politiques d’austérité mise en place par l’idéologie néo-libérale. Précisons cependant, pour éviter toute confusion, que l’idéologie néolibérale, ou ultralibérale, ne doit pas être confondue, comme le font les anti-capitalistes – l’amalgame permettant bien des dérives –, avec le capitalisme libéral, nécessairement encadré, comme il a pu fonctionné pendant les « trente glorieuses ». Ce n’est qu’au milieu des années 70 que la déréglementation du capitalisme libéral a engendré le « Léviathan » que nous « connaissons » aujourd’hui (en fait, nous ignorons tout de lui, comme près de 90 % des élus qui votent nos budgets, mais il est bel et bien là dorénavant, cf l’article paru sur Hérault Tribune :
http://www.herault-tribune.com/articles/10992/les-emprunt...).
Philippe VERGNES
*
L´argumentum ad hominem
« Cette expression latine signifie littéralement : « argument contre la personne » et désigne un des sophismes les plus répandus et les plus efficaces (initialement dans le texte d’origine désigné par paralogisme, mais la distinction entre sophisme et paralogisme relève d’une question de morale – d’éthique – qu’il n’est pas utile de développer ici). Heureusement il est aussi, comme on va le voir, un des plus faciles à identifier.
L´argumentum ad hominem (ou plus brièvement l´ad hominem) consiste à s´en prendre à la personne qui énonce une idée ou un argument plutôt qu’à cette idée ou cet argument. On cherche ainsi à détourner l´attention de la proposition qui devait être débattue vers certains caractères propres à la personne qui l’a avancée.
Souvent, un ad hominem insinue qu´il existe un lien entre les traits de caractère d´une personne et les idées ou arguments qu´elle met de l´avant ; on souhaite par là discréditer une proposition en discréditant la personne qui l´énonce. On appelle joliment cette façon de faire « empoisonner le puits ». Elle consiste précisément à mettre en évidence des traits de caractère négatifs de la personne attaquée que les auditeurs, réels ou putatifs, auront tendance à percevoir négativement (comme un poison) et ensuite à conclure que, pour cela, l´eau du puits (les autres idées et arguments de la personne, et en particulier ceux qui faisaient l´objet de la discussion) est empoisonnée.
On aura compris que le recours à l´ad hominem est fortement contextualisé et que l´habileté du sophiste est d´ajuster son tir — c´est-à-dire ses attaques personnelles — en fonction de l´auditoire » (extrait de « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » écrit par Normand BAILLARGEON, livre didactique très utile en ces temps de crise pour déceler, comprendre et contrecarré les projets délétères des manipulateurs pathologiques).
La politique ne manque pas d’exemples d’arguments
ad hominem. Les divers journeaux se font largement l’écho de ce type de rhétorique qui peut parfois aboutir à des dépôts de plainte. Le recours en justice est aussi utilisé par les manipulateurs qui cherchent non pas à faire reconnaître un quelconque préjudice, mais à réduire au silence des personnes trop curieuses, même lorsque cette curiosité s’exerce, par exemple, sur le financement d'une campagne électorale qui, par définition, devrait être « transparent » et communicalbe aux tiers. Dans ce cas précis, la justice est, à son corps défendant, bien souvent instrumentalisée. Elle redoute d'autant plus la manipulation que l'efficacité de certaines techniques parvient, plus fréquement que l'on ne le suppose, à tromper la vigilance des juges.
« Tant que l'on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette Planète, la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l'utilisent, tant que l'on n'aura pas dit, que jusqu'ici cela a toujours été pour dominer l'Autre ; il y a peu de chance qu'il y ait quelque chose qui change ! » Henri LABORIT, extrait du film d’Alain RENAIS
Mon oncle d’Amérique (1980).La problématique du maintien des foules, ou de tout individu, sous emprise psychologique est posée en quelques mots dans cet extrait qui traduit bien l’envie irrépressible de domination sur autrui qu’éprouvent certains êtres humains. Ce besoin a sa source très documentée dans l’immense littérature qui lui est consacrée puisqu’elle est d’origine traumatique. Or, un traumatisme non assimilé génère une perte de contrôle de soi. Dès lors, il y a tout lieu de penser qu’exercer un pouvoir sur autrui manifeste une absence de pouvoir sur soi. Pouvoir illusoire s’il en est mais au combien nocif pour l’entourage.
Lors de précédents articles, j’ai pu aborder la complexité de la relation d’emprise (cf.
Comprendre l’emprise : la relation en-pire), la façon dont elle s’immisce dans nos pensées par le biais d’injonctions paradoxales non démasquées (cf.
Le ‘pouvoir’, les ‘crises’, la communication paradoxale et « l’effort pour rendre l’autre fou »), sa parole spécifique basée sur une communication déviante – paradoxale ou perverse – (cf.
La « novlangue » des psychopathes) et son impact sur notre santé mentale (cf.
Perversion narcissique et traumatisme psychique : l’approche biologisante). Mais si chacune de ces notes est indispensable à la compréhension du phénomène d’aliénation induit par l’emprise psychologique, aucune ne dévoile explicitement de méthode pour s’en libérer bien que cette dernière soit implicitement contenue en germe dans la citation d’Henri LABORIT : s’informer. Toutefois, tenter d’apprendre et de comprendre comment fonctionne notre cerveau et comment nous l’utilisons est antinomique à la paresse intellectuelle dans laquelle nous baignons habituellement.
Cet exposé à donc pour but d’envisager certains moyens dont nous disposons pour nous dégager d’une relation d’emprise (
« véritable main basse sur l’esprit » selon le psychanalyste Saverio TOMASELLA
[1]), et des efforts à produire pour atteindre un tel but, tant d’un point de vue individuel que sociétal.
« Rien n’est gratuit en ce bas monde. Tout s’expie, le bien comme le mal se paie tôt ou tard. Le bien c’est beaucoup plus cher forcément » (Louis-Ferdinand CÉLINE).
Les lecteurs qui auront eu la patience de lire mes précédents billets connaissent déjà l’aspect graduel (fréquence, intensité et durée) du concept de perversion narcissique qui permet de comprendre comment l’emprise se développe à différents niveaux (famille, groupe, institution ou état). La difficulté d’appréhension de ce phénomène réside dans le fait qu’il revêt des formes de plus en plus diffuses au fur et à mesure des différents stades d’organisations interindividuels (des groupes restreints aux réseaux plus importants) où nous le rencontrons.
Ainsi, pour répondre à la question soulevée par le titre de cette note (Tous traumatisés ?), étant donné qu’une emprise telle que définie dans les articles référencés ci-dessus induit une empreinte (ou une ‘marque’), conséquence d’une action d’appropriation par dépossession de l’autre et d’une domination, nous pouvons convenir qu’à un degré ou un autre nous sommes tous ‘traumatisés’ sans que toutefois nous puissions tous être inclus dans la nosographie des personnes atteintes d’un
traumatisme psychique* tel qu’il est défini en psychotraumatologie (l’astérisque * renvoie au glossaire en fin d’article).
Cette situation paradoxale mérite d’être éclaircie en commençant d’abord par quelques rappels historiques.
Nous connaissons le destin qu’a connu Sigmund FREUD et sa théorie des traumatismes liée au sexe qui devait probablement faire écho à une forme d’inconscient collectif désireux de s’émanciper des normes sociales contraignantes qui régnaient alors à l’époque en matière de sexualité. Dans cette optique, la psychanalyse n’est pas étrangère à cette libération des mœurs, mais les travaux psychanalytiques se sont développés, notamment en France, au détriment d’autres approches passées sous silence jusqu’à très récemment. Tel est le cas des recherches de
Pierre JANET (1859-1947), également élève de
Jean-Martin CHARCOT (1825-1893) à l’Hôpital Salpêtrière, tout comme le fut FREUD
[2].
Aujourd’hui, les théories de Pierre JANET font actuellement un retour remarqué au travers des recherches en victimologie effectuées dans plusieurs pays et notamment au Japon, en Allemagne, au Canada, en Hollande, en Russie, aux USA, etc.
[3] Autant de nations qui témoignent désormais une avance considérable sur la France, pourtant leader mondial à son époque (avant et après guerre 1914-18), dans le traitement et la prise en charge des traumatismes psychiques et des ESPT (État de Stress Post Traumatique, cf.
Perversion narcissique et traumatisme psychique : l’approche biologisante).
Curieuse ironie du sort qui ne manque pas de ‘sel’ lorsque l’on connaît la véritable situation des victimes dans notre pays, confirmant
de facto la place qu’y occupent encore les recherches de Pierre JANET au sein des institutions médicales françaises et pour qui s’applique une fois de plus la célèbre maxime :
« nul n’est prophète en son pays ». Cependant, sous l’impulsion de quelques chercheurs émérites en victimologie, en psychologie cognitive et affective ou en psychotraumatologie (
Louis CROCQ,
Gérard LOPEZ,
François LEBIGOT, Philippe BESSOLES, Robert CARIO, Alain BERTHOZ, Jean DECETY, etc., et bien d’autres encore) et surtout d’auteurs étrangers (comme nous allons le découvrir), l’approche de Pierre JANET sort peu à peu, mais à grand-peine, de l’anonymat dans lequel la psychiatrie l’a plongé durant près d’un siècle dans son propre pays d’origine.
Cette ‘renaissance’, bien qu’encore timide, n’est pas due au fruit du ‘hasard’ ou au courage de quelques « irréductibles Gaulois », car si cette école se développe actuellement en France, comme un juste retour à ses racines, c’est avant tout parce qu’elle rencontre un large succès auprès des victimes elles-mêmes qui retrouvent les moyens de faire face aux aléas de la vie quotidienne avec plus de réussite que ne le permettent des pratiques ‘classiques’, et ce grâce aux nouvelles thérapies développées sur la base de la compréhension de l’humain que nous ont inculquée les travaux de Pierre JANET .
Qu’en est-il donc aujourd’hui des traumatismes et de leur traitement du point de vue de la clinique janétienne ?
Nous nous intéresserons avant tout ici à la thérapeutique des traumatismes complexes qui concerne plus particulièrement la relation d’emprise. Les principes généraux qui s’en dégagent sont universels, c’est-à-dire qu’ils sont applicables dans toutes les situations d’emprise psychique que celle-ci soit exercée par un tyran domestique ou un despote.
Précisions sur le traumatisme psychique :
Il se produit un traumatisme lorsque la chaine des signifiants est rompue et que l’information de l’évènement traumatique vécu n’est pas correctement
intégrée* (cf. glossaire *
capacité d’intégration ou intégration) dans notre psyché, car les expériences traumatisantes que nous vivons doivent être assimilées pour pouvoir mener une existence épanouie sans faux-semblant.
Même si tout au long de notre vie nous sommes tous exposés à divers traumatismes (séparation, perte d’emploi, décès d’un proche, accidents, etc., cf.
l’échelle d’évaluation du stress pour une recension à peu près complète des événements traumatiques pouvant potentiellement induire un état de stress chronique), nous n’en ressortons pas tous traumatisés au point d’être stressé (névrosé) ou de développer un trouble ou une maladie mentale. La plupart du temps nos capacités de résilience nous permettent de retrouver une vie normale après une période plus ou moins prolongée de deuil.
Ce travail de deuil
« admet que certaines tâches psychiques incombent au moi de chacun au cours de son développement tout comme au cours de sa vie »[4]. C’est lorsque ce travail du moi est rejeté que
« l’esprit humain est capable de développer de puissants mécanismes de défense comme le déni et le clivage qui aboutissent au fait qu’un sujet peut être radicalement coupé de tout un pan de ce qu’il éprouve tant sur le plan affectif que corporel. C’est ainsi que les enjeux affectifs de certains évènements de l’existence peuvent passer totalement inaperçus »[5].
Or, nous ne sommes pas tous armés pareillement pour effectuer ce travail de deuil. Essentiellement en raison des expériences précoces vécues par tout un chacun et de l’éducation reçue qui ont modelé notre cerveau, car tout est
épigénétique. Certains d’entre nous disposent de ressources que d’autres n’ont pas. Notamment
« chez le jeune enfant, la personnalité est relativement peu intégrée et les structures intégratives du cerveau sont encore immatures. La qualité des premières années de la vie, et en particulier la sécurité de l’attachement, joue un rôle déterminant dans l’établissement des soubassements d’une organisation de la personnalité qui sera cohérente quels que soient les contextes, comme les systèmes d’actions, les lieux, les moments, le sentiment de soi »[6].
Ainsi, il existe un lien de causes à effets entre la gravité du traumatisme et les maltraitances, les négligences, les relations d’attachement non sécurisées, etc., qui font que
« la traumatisation infantile joue donc un rôle central dans le développement de troubles d’origine traumatique chez l’enfant et l’adulte »[7]. Ce qui signifie que les traumatismes précoces sont un facteur causal majeur dans le risque d’apparition de symptômes plus graves et durables à l’âge adulte.
À noter que c’est dans le rejet du travail de deuil et de son expulsion que viendra se loger l’aménagement défensif d’une perversion narcissique, car
« un travail du moi ne se perd jamais : aucun travail psychique ne se perd s’il est de quelques importances. Ce qui n’est pas accompli par l’un devra quand même être fait. Il le sera par d’autres. Il sera donc transporté. Mais non sans avoir été dégradé en chemin »[8]. Ainsi, comme nous l’avons déjà entrevu dans un précédent article (cf.
Perversion narcissique et traumatisme psychique : l’approche biologisante), la perversion narcissique est bien d’origine traumatique.
Par ailleurs, il est un détail essentiel à savoir au sujet des traumatismes :
c’est qu’ils sont contagieux. Saverio TOMASELLA écrit même que
« la propagation du trauma est caractéristique de ce que la répétition des empreintes traumatiques, leur mise en scène récurrente dans la réalité, entraîne tout sur son passage comme une lame de fond »[9]. Et Florence CALICIS, dans son excellent article sur
La transmission transgénérationnelle des traumatismes et des souffrances non dîtes, nous explique également que
« l’on peut avoir hérité des traumatismes de ses ancêtres, sans en être conscient » (ce qui, soit dit en passant, est le mode de diffusion de la perversion narcissique que Paul-Claude RACAMIER, l’inventeur du concept, Maurice HURNI et Giovanna STOLL, auteurs de deux ouvrages de référence sur le sujet –
La haine de l’amour : la perversion du lien et
Saccages psychiques au quotidien : perversion narcissique dans les familles –, attribuent aux horreurs du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale).
D’après les auteurs du livre de référence pour la prise en charge des traumatismes psychiques
Le soi hanté : Dissociation structurelle et traitement de la traumatisation chronique, la
dissociation structurelle de la personnalité* est la clé de la compréhension de la traumatisation (cf. infra et glossaire). Il existe donc une étroite corrélation entre la gravité du traumatisme et l’importance de la dissociation.
La dissociation structurelle de la personnalité :
Tout d’abord, il faut savoir que ce concept ne s’est pas imposé comme une évidence au regard des chercheurs qui l’ont développé, mais qu’il est le fruit d’une longue et patiente recherche synthétisant les apports de nombreuses théories psychologiques sur les 65 dernières années tels que les théories de l’apprentissage, des systèmes, la théorie cognitive, la théorie affective, la théorie de l’attachement, la théorie psychodynamique, la théorie des relations d’objet et les récentes recherches sur les émotions en neurosciences et les études psychobiologiques sur le traumatisme. Ainsi donc, le diagnostic posé de dissociation structurelle de la personnalité est le fruit d’une approche pluridisciplinaire et d’une pratique répondant de plus près aux besoins bio-psycho-sociaux de l’être humain.
Au regard de cette discipline, la psychotraumatologie, la personnalité est une structure constituée de différents systèmes et sous-systèmes auxquels correspondent divers types d’actions :
« un système est un assemblage d’éléments reliés formant un tout, de sorte que chacun des éléments soit d’une façon ou d’une autre une partie de ce tout : chaque élément est considéré comme relié à d’autres éléments, ou à la totalité du système. En tant que système, la personnalité peut-être vue comme constituée de divers états ou sous-systèmes psychobiologiques qui fonctionnent de manière cohérente et coordonnée. »[10]
La dissociation structurelle de la personnalité est présente lorsque les deux systèmes prototypiques de la pensée (ou leurs sous-systèmes), qui en psychotraumatologie sont représentés par la
PE* (partie émotionnelle) et la
PAN* (partie apparemment normale) de la personnalité, ne fonctionnent plus de manière cohérente et coordonnée, autrement dit, sont
dissociés.
Les
troubles dissociatifs peuvent être très graves et invalidants. La dissociation est également utilisée dans la « stratégie du choc »
[11] comme outil de contrôle des foules (cf.
Le ‘pouvoir’, les ‘crises’, la communication paradoxale et « l’effort pour rendre l’autre fou »). Elle se manifeste essentiellement par des attitudes paradoxales entre le plan verbal et le plan comportemental qu’adopte un individu face à une situation donnée. Plus précisément, lors d’un épisode dissociatif de la personnalité, d
es« contradictions entre les objectifs de la vie quotidienne et les objectifs de défense peuvent mener au même moment à des actions contradictoires et concurrentes de la part de la PE et de la PAN »[12].
Les rescapés de traumatisme,
« en tant que PAN, s’efforcent de poursuivre une vie normale, et sont donc guidés par les systèmes d’action de la vie quotidienne (par exemple, exploration, sollicitude, attachement), tout en cherchant à éviter les souvenirs traumatiques. En tant que PE, en revanche, ils sont bloqués dans le système d’action (défense, sexualité…) ou les sous-systèmes d’action (hypervigilance, agression, fuite, etc.) qui avait été activés au moment de la traumatisation. »[13]
En outre, cette dissociation structurelle entre PAN et PE
« peut aller de divisions très simples à des divisions extrêmement complexes de la personnalité, et ce niveau de complexité n’est pas sans conséquence pour le traitement »[14].
Pour différencier la gravité de la traumatisation, les auteurs font référence à une dissociation structurelle primaire, secondaire ou tertiaire. Dans la première, la forme la plus simple de division traumatique, la personnalité ne comprend qu’une seule PAN et une seule PE ; la seconde est marquée par une division de la personnalité en plusieurs PE et une seule PAN ; et enfin la troisième concerne les cas les plus complexes de divisions en plusieurs PE et au moins deux PAN. De fait,
« plus la dissociation est étendue, plus complexe est le trouble »[15].
Cette distinction entre PE et PAN, attribuée aux travaux de Charles Samuel MYERS (1873-1946), s’inscrit dans un courant de pensée qui trouve son origine dans les théories de Pierre JANET cité ci-dessus et s’oppose aux analyses freudiennes sur la question de la place que la psychanalyse accorde à la sexualité comme facteur causal les troubles psychologiques ou autres maladies mentales.
En aparté : je tiens à préciser qu’il ne m’appartient pas ici de faire un procès à la psychanalyse, d’autant que la polémique qui s’en suivrait éluderait, à n’en pas douter, les différents et nombreux courants de pensée psychanalytique (par ex. : les psychanalystes formés aux thérapies familiales psychanalytiques telles qu’initiées par la topique interactives – intra- et interpsychique – de Paul-Claude RACAMIER sont tout à fait aptes à prendre en charge une victime de traumatisme complexe comme dans le cas d’une emprise psychologique ; alors que d’autres psychanalystes, plus ‘puristes’, uniquement portés sur l’intrapsychique et n’intégrant pas la dimension intentionnelle des traumatismes complexes, n’appliqueront que la méthode classique, ‘toxique’ pour ce type de victime).
Par ailleurs, il faut reconnaître que c’est à la psychanalyse à qui l’on doit les descriptions les plus fouillées des ‘forces’ en présence dans une relation d’emprise et même si ces dernières restent encore à approfondir sur certains points, c’est toutefois cette discipline qui a le mieux étudié le phénomène, mais paradoxalement, c’est plutôt les thérapies d’influence janétienne qui apportent des solutions pratiques aux personnes souffrant de traumatismes psychiques (simple ou complexe). Ainsi, la psychologie cognitive (d’influence béhavioriste) et la psychanalyse ne s’opposent pas comme a eu tendance à le faire
Le livre noir de la psychanalyse, rédigé suite au retrait du rapport de l’INSERM publié en 2004 sur l’évaluation des psychothérapies (cf. la conclusion infra et pour infos, lire à ce propos
la revue de presse de l’AAPEL). Ce que ne précise pas ce rapport, c’est que, justement, ces deux disciplines se complètent plutôt bien lorsqu’il s’agit de prendre en charge des victimes de traumatismes complexes comme nous allons le voir dans la suite de ces écrits : la première pour une réduction des
phobies* dont souffrent les traumatisés chroniques, et la seconde pour les aider à comprendre les processus en œuvre dans ces situations. Compréhension indispensable à la prévention de la ‘récidive’, car
« ce qui est demeuré incompris fait retour ; telle une âme en peine, il n’a pas de repos jusqu’à ce que soient trouvées résolution et délivrance ».
[16]
Toutefois,
« la façon d'aborder et de traiter une victime d'agression unique est très différente de celle d'une victime qui a subi des événements traumatiques anciens et répétés »[17]. Les traumatismes complexes,
« très fréquents, entrainent des troubles de la régulation des affects, mais aussi des effractions narcissiques et des troubles identitaires qui affectent profondément la personnalité des sujets victimes »[18] (lire à ce propos l’article
La fabrique des imposteurs : si le pervers narcissique m’était ‘compté’ ou comment l’idéologie néolibérale influence nos personnalités). Selon l’Institut de Victimologie de Paris (l’un des rares en France spécialisé dans ce genre de trouble), les traumatismes chroniques sont infiniment plus fréquents que les traumatismes simples et uniques (ESPT de type I) et passent souvent inaperçus.
La symptomatologique des traumatisés chroniques est extrêmement complexe et présente parfois une grave comorbidité.
« Ils peuvent remplir les critères de nombreuses catégories diagnostiques, ce qui rend à peu près impossible une explication de leur large psychopathologie »[19].
Nous comprenons mieux dès lors pourquoi
« les traumatisés chroniques sont pris dans un terrible dilemme. Il leur manque la capacité intégrative et les aptitudes mentales nécessaires à la prise de conscience complète de l’horreur de leurs vécus et de leurs souvenirs »[20] (cf. la notion de ‘décervelage’ :
Pervers narcissiques : Les personnes les plus intelligentes sont les plus exposées).
Les phases de résilience suite à un traumatisme complexe :
Ce qui surprend le plus dans la traumatisation chronique, c’est l’incapacité des victimes qui en souffrent à prendre conscience de leur état dysfonctionnel et potentiellement ‘handicapant’
[21]. Cette incapacité est certes liée aux barrières défensives que le traumatisé chronique érige afin de protéger son Moi des agressions externes, mais le principal obstacle à franchir pour que cette prise de conscience opère réside dans le fait qu’un tel acte met à mal les fondations du Moi que sont l’estime de soi et la confiance en soi, toutes deux érigées tant bien que mal malgré « la traversée des tempêtes »
[22], et remet en cause les années de travail investies dans leur lente maturation.
Ces assises sont les premières cibles des attaques narcissiques perpétrées lors de conflits interindividuels motivés par le besoin (ou l’envie) de dominer autrui. Autrement dit, l’emprise que certains souhaitent exercer sur quelqu’un pour mieux le contrôler sape les fondations du Moi de la personne cible et affecte le peu d’estime de soi et la confiance en soi qui lui reste. Or, pour se dégager d’une telle emprise, il faut commencer par accepter le fait de se ‘perdre’ totalement pour pouvoir se reconstruire sur de nouvelles bases, plus saines que celles sur lesquelles la traumatisation chronique s’est développée. Ce qui place bien entendu le traumatisé chronique (et de son point de vue) face à une double contrainte insoluble (cf.
Le ‘pouvoir’, les ‘crises’, la communication paradoxale et « l’effort pour rendre l’autre fou »).
Cette double contrainte ne s’impose pas aux seuls ‘survivants’ de traumatisation chronique, comme les désignent Onno VAN DER HART et ses collègues dans leur livre
Le soi Hanté, mais également aux thérapeutes qui les prennent en charge, d’où vraisemblablement les nombreux échecs constatés avec ce type de patients.
Bien que la prise en charge des personnes dissociées soit fonction de la gravité de leur traumatisme, le principe thérapeutique qui s’en dégage reste applicable selon une même méthodologie par phases, seules les différentes techniques employées permettront une réadaptation des traumatisés à une vie normale selon une échelle de temps variable.
Ainsi, le traitement de la traumatisation chronique est, selon cette approche, constitué de trois phases spécifiques, interdépendantes et évolutives dont l’ordre à respecter tient compte du
niveau mental* des patients et de leurs capacités d’
intégration* du ou des traumatismes subits.
La phase 1, dite de stabilisation et de réduction des symptômes, comprend une psychoéducation visant à diminuer graduellement les
phobies* dont souffrent les patients. Elle consiste en une recherche de stabilité dans la vie « réelle » au niveau des relations sociales et intimes du sujet, et leur offre de travailler sur leurs PAN et PE selon le principe des 5 « C » : connaissance, compréhension de leur rôle, communication, coconscience et coopération. Elle fait principalement appel à des techniques issues des TCC (Thérapies Comportementales et Cognitives) ou à
l’hypnose clinique (facultative à ce stade), etc. Cette phase a pour but de permettre aux patients d’atteindre un niveau suffisant d’énergie et d’efficacité mentale (cf. glossaire : *
capacité d’intégration ou intégration) en leur donnant les moyens de contrer les effets délétères du ‘décervelage’ ou « meurtre psychique » (cf.
Perversion narcissique et traumatisme psychique – L’approche biologisante).
Cet objectif est une condition préalable indispensable avant le début de la phase 2, car « c’est uniquement lorsque les phobies, qui entravent la sécurité ou l’avancement thérapeutique, ont été réduites dans la(les) PAN de manière significative, que l’on peut envisager de travailler sur la phobie des souvenirs traumatiques dans la deuxième phase »[23].
Il est extrêmement important de souligner que la plupart des échecs thérapeutiques concernent surtout des personnes souffrant de traumatismes complexes non diagnostiqués et dont les prises en charge négligent totalement le travail préparatoire à mettre en place lors de cette première phase (cf.
Les contres indications pour le traitement dans la phase 2 dans l’article d’Onno VAN DER HART & al.).
Par ailleurs, sur le plan biologique, nous avons vu dans l’article intitulé
Perversion narcissique et traumatisme psychique – L’approche biologisante que lors d’un traumatisme complexe, une mémoire traumatique était activée. Les mécanismes à l'origine de la mémoire traumatique sont d’ordre psychologique et neurobiologique. Ces derniers sont liés à la surproduction de drogues dures endogènes (les hormones du stress) que le corps humain sécrète lorsqu’il affronte une situation de danger, mais lorsque cette situation perdure dans le temps, comme dans le cas d’un traumatisme chronique, l’excès de production de ces hormones entraine une véritable addiction qu’il conviendra de traiter avant toute autre chose par un sevrage adaptée
[24], car comme l’indique les auteurs de l’ouvrage
Le soi hanté :
« La contention des souvenirs traumatiques est d’une importance capitale » (p. 35).
Il résulte de tout ceci que tout travail introspectif est à ce stade proscrit.
La phase 2 correspond au traitement proprement dit des souvenirs traumatiques. C’est au cours de cette phase que
« les éléments principaux de l’expérience traumatique sont synthétisés, c’est-à-dire échangés entre la PAN et la PE, et transformés en récit symbolique et verbal (narratif) »[25]. Ce qui entrainera l’intégration du traumatisme dans la personnalité avec pour conséquence une résorption des symptômes de dissociation et une élévation de l’énergie et de l’efficacité mentales du sujet.
Autrement dit, c’est la phase « d’abréaction contrôlée » (ou de
synthèse guidée*) par laquelle une quantité d’affects (PE) liés au souvenir de l’évènement traumatique, qui
« n’a pu être évacuée par les voies normales physiques ou organiques et s’est trouvée coincée et détournée dans le somatique »[26], se libère en émergeant à la conscience (PAN) annulant ainsi les effets pathogènes du traumatisme. Mais
« comme le groupe de patients dissociatifs est très hétérogène, la manière dont ces objectifs seront atteints, ainsi que les techniques qui seront utilisées, peuvent considérablement varier d’un patient à l’autre, car des interventions utiles pour un patient peuvent s’avérer catastrophiques pour un autre »[27]. Les techniques employées durant cette phase nécessitent donc une très grande flexibilité de la part du thérapeute qui dans son travail sur les souvenirs traumatiques et lors de cette phase, peut tout aussi bien faire appel aux techniques psychanalytiques (psychodynamiques), qu’aux TCC ainsi qu’à des méthodes telles que
l’EMDR ou
l’EFT (pour aller plus loin concernant spécifiquement cette phase, lire l’article d’Onno VAN DER HART & al.,
Souvenirs traumatiques : leur traitement selon le modèle de la dissociation structurelle de la personnalité).
Mais pour que l’
intégration* soit complète, la
synthèse* ne suffit pas.
« Pour que le souvenir traumatique devienne un souvenir autobiographique narratif complet (
i.e. intégré)
, il doit être réalisé […]. La réalisation* comprend deux sous-parties d’actions mentales différentes : ‘la personnification’ et la ‘présentification’. La personnification consiste à s’approprier sa propre expérience. La présentation décrit le processus de se sentir consciemment dans le présent, de relier cet état de conscience à la perception de son propre passé et futur afin d’arriver à des actions appropriées dans le présent. Pour cette raison, le patient devrait être conscient du présent lorsqu’il parle du trauma. Une finalisation réussie de chacune de ces actions mentales est vraiment nécessaire pour résoudre la dissociation structurelle ; si ceci échoue, la dissociation structurelle se maintiendra »[28].
Cette phase, comme précisé plus haut, est donc directement tributaire du
niveau mental* que le patient aura atteint à l’issu de la phase 1
ET de la polyvalence (flexibilité) du thérapeute ou de l’équipe thérapeutique le prenant en charge. Cela relativise et présente sous un nouveau jour les échecs des thérapies bien souvent attribués à tort aux patients par les praticiens qui assurent leur prise en charge.
La phase 3 est celle de la (ré)intégration de la personnalité et de la réhabilitation du sujet à une vie normale qui passe par une réalisation complète des pertes encourues. C’est une phase d’apprentissage du travail de deuil, comme cela se déroule dans la plupart des thérapies ‘normales’, mais qui ne peut pas être entreprise sans une préparation minutieuse et graduelle.
« Les patients traumatisés commencent à comprendre que la perte est une partie inévitable au trauma et que, finalement, c’est une tâche de vie que d’accueillir calmement la reviviscence du deuil avec ses hauts et ses bas »[29].
Nous aurons compris que cette approche vise à instaurer un cercle vertueux qui vient contrecarrer le les effets du (ou des) traumatisme à l’origine du cercle vicieux dans lequel la personnalité a fini par se perdre en adoptant, comme réponse au(x) traumatisme(s), une
défense intéroceptive* (une défense de survivance aurait dit RACAMIER) basée sur la dissociation structurelle entre une (ou des) PAN et une (ou des) PE. Dès lors, l’objectif de la thérapie sera de réconcilier ces deux parties de la personnalité afin qu’elles œuvrent ensemble à l’équilibre mental du sujet, mais
« qu’elle que soit la technique utilisée, le traitement d’une personne traumatisée psychique serait très difficile si la thérapie était perturbée par le classique processus de survictimation (ou victimation secondaire), consécutif à la maltraitance sociale qui aggrave l’état, en particulier psychologiques, des sujets traumatisés, lorsqu’ils sont confrontés à l’incompréhension de leurs proches et à l’incompétence des autorités répressives, des instances professionnelles, sociales et autres »[30].
Le processus de résilience tel qu’ici décrit à l’échelle individuelle est reproductible à l’échelle sociale et ce sont les mêmes procédés qui rentrent en ligne de compte pour sortir de l’emprise mentale à laquelle, à un degré ou un autre, nous sommes tous soumis. Toutefois, malgré l’énorme travail fournit par Onno VAN DEN HART et ses collègues pour réintroduire en Europe, et après plus d’un siècle, les découvertes fondamentales de Pierre JANET, il est vraiment regrettable de constater qu’en France, cette approche, qui bénéficie à l’étranger d’une haute reconnaissance en raison des résultats très positifs qu’elle obtient auprès des traumatisés chroniques, reste si peu connu.
Conclusion :
Dans l’imposant rapport d’expertise collective de l’INSERM paru en février 2004, portant sur l’évaluation de certaines méthodes thérapeutiques, et intitulé
Psychothérapie, trois approches évaluées, les travaux de Pierre JANET ne sont cités que dans deux paragraphes dont voici les propos :
« L’histoire de la psychothérapie a débuté par des études de cas individuels rapportées par CHARCOT, JANET, FREUD et leurs successeurs immédiats. Les études de cas ont une valeur heuristique irremplaçable. Les psychothérapies modernes doivent toutes quelque chose à “L’automatisme psychologique” de Pierre JANET (1889) et aux “Études sur l’hystérie” de FREUD et BREUER (1895) » (p. 14) ;
« On peut voir également en Pierre JANET (1889) le précurseur français le plus marquant des thérapies comportementales et cognitives. Son œuvre considérable possède une influence grandissante dans le monde anglo-saxon » (p.170).
Or, il est inexact de voir en Pierre JANET le précurseur français le plus marquant des TCC puisque, comme nous l’avons vu dans cet article, la méthode janétienne de prise en charge des patients est avant tout pluridisciplinaire et nécessite une grande flexibilité du thérapeute qui peut tout autant faire appel aux TCC, qu’aux méthodes modernes issues de la pratique psychanalytique (ou même systémique pour faire référence aux trois grandes catégories de thérapies évaluées par le rapport de l’INSERM). Autrement dit,
cette approche fait preuve d’une science avec conscience et ce n’est pas le praticien qui détermine le type de traitement à employer, mais l’état du patient et les objectifs à atteindre clairement définis avec lui.
Réduire les apports de Pierre JANET aux seules TCC est, à l’inverse, le propre d’une science sans conscience qui, comme chacun sait, n’est que ruine de l’âme
(« Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme », François RABELAIS).
Dans le contexte actuel, introduire une citation d’Henri LABORIT dans cet article avant tout dédié à un chercheur français internationalement reconnu, mais totalement inconnu dans son propre pays n’était pas anodin.
Tout comme pour les découvertes d’Henri LABORIT, les travaux de Pierre JANET sont ignorés des cursus universitaires français (ce qui n’est pas le cas à l’étranger).
Tout comme pour les recherches d’Henri LABORIT, ce sont avant tout des scientifiques étrangers qui poursuivent et développent les théories janétiennes avec des résultats plus que probants.
Tout comme pour Henri LABORIT, Pierre JANET a tout simplement été ‘ostracisé’.
Comment expliquer le fait qu’après avoir été le leader mondial de la recherche en science humaine, nous soyons devenus incapable de nous soustraire de la tutelle (de l’emprise ?) de pays étrangers dans de nombreux champs d’investigation, scientifiques ou autres ? Comment comprendre une telle dégénérescence ?
Ces questions ouvrent un autre débat, mais pour en revenir au domaine qui nous concerne ici, il est proprement ‘ahurissant’ (‘sidérant’) de ne pas faire bénéficier de cette connaissance aux personnes en souffrance qui en ont besoin. D’autant que cette population ne se trouve pas en pays étranger, mais bel et bien proche de chez nous : cela peut-être notre conjoint, nos enfants, nos ami(e)s, nos proches ou voisins, etc. Or, dans la mesure où il existe des solutions à la problématique des traumatismes, pourquoi dès lors ne pas tous en profiter ?
Dans la seconde édition de son ouvrage paru en 1998, Christophe DEJOURS estime entre 3 et 6 % du PIB national le coût de la souffrance en France (in
Souffrance en France, la banalisation de l’injustice sociale), soit entre 80 et 160 milliards d’euros par ans. C’est en moyenne deux fois le déficit annuel de la France qui en ces temps de crise nous contraint à toujours plus d’économie et de taxes. Compte tenu des « décisions absurdes »
[31] que prennent tous les gouvernements qui se succèdent, il est à croire que les plus ‘traumatisés’ d’entre nous sont nos propres dirigeants qui vouent un culte fétichique au mythe de
l’homo œconomicus, avatar de l’idéologie néolibérale dominante.
Philippe VERGNES
Glossaire :
*
Traumatisme psychique ou trauma :
Le traumatisme psychique résulte d’une rencontre avec le « réel » de la mort. Cela veut dire que le sujet s’est vu mort ou il a perçu ce qu’est vraiment la mort comme anéantissement, et non sous cette forme imaginaire qui caractérise le rapport des hommes à la mort. (François LEBIGOT,
Le traumatisme psychique, p. 7).
Les notions employées par Onno VAN DER HART & al. Reprises dans cet article sont présentées selon leur ordre de présentation dans leur ouvrage
Le soi hanté :
* Niveau mental :
Le niveau mental le plus élevé que peut atteindre un individu à un moment donné est appelé son
niveau mental (JANET, 1903, 1928b). Ce niveau mental implique deux facteurs en relation dynamique l’un avec l’autre,
l’énergie mentale (et physique) disponible et
l’efficacité mentale […]. Le terme de niveau mental indique donc la capacité à mobiliser et utiliser efficacement toute l’énergie mentale disponible à un moment donné. L’efficacité mentale inclut la notion de capacité intégrative. La capacité d’intégrer ses expériences dépend pour l’essentiel de la capacité à atteindre un haut niveau mental. (p. 25)
*
Capacité d’intégration ou intégration :
Dans le domaine des traumatismes, le terme d’
intégration est un mot courant, qui signifie que les patients doivent assimiler leurs expériences traumatisantes (et les parties dissociatives de leur personnalité) pour pouvoir avancer dans leur vie. Mais l’intégration fait aussi partie de la vie de tous les jours, elle y est indispensable. Ce sont les actions d’intégration qui requièrent les degrés les plus élevés d’énergie et d’efficacité mentales. L’intégration est un processus adaptatif impliquant des actions mentales permanentes, qui aident à la fois à différencier et à lier les expériences, au fil du temps, au sein d’une personnalité qui est simultanément flexible et stable ; elle favorise ainsi le meilleur fonctionnement possible dans le présent. Cette capacité d’ouverture et de souplesse nous permet de changer quand c’est nécessaire, comme la capacité à rester fermé nous permet de rester stable, d’agir de la façon que nous avions prévue. Une personne saine se caractérise par sa grande capacité à intégrer expériences internes et externes. (p.27)
* La synthèse (synthèse guidée) :
Première des deux grands types d’actions mentales intégratrices, la
synthèse est une action intégratrice majeure, au cours de laquelle nous lions et différencions une série d’expériences internes et externes, dans l’instant et au fil du temps. La synthèse comprend la liaison et la différenciation de perceptions sensorielles, de mouvements, de pensées, d’affects, avec un sentiment d’identité. […] En grande partie, la synthèse est automatique et a lieu hors de la conscience. Notre capacité à la synthèse fluctue avec notre niveau mental ; par exemple, chez une personne bien éveillée la synthèse sera de meilleure qualité que si elle est fatiguée. La synthèse assure l’unité normative de la conscience et de l’histoire de l’individu. Des altérations de la conscience et des symptômes dissociatifs peuvent apparaître lorsqu’elle est incomplète. (pp. 27-28)
* La réalisation :
Seconde des deux grands types d’actions mentales intégratrices, la
réalisation est une action mentale intégratrice liée à la première, mais de niveau plus élevé. Elle comprend les actions mentales de la prise de conscience de la réalité telle qu’elle est, de son acceptation, puis de l’adaptation réfléchie et créative du sujet à la réalité. La réalisation inclut le degré auquel l’aboutissement d’une expérience est atteint. Elle consiste en deux actions mentales qui font sans cesse mûrir la perception que nous avons de nous-même, des autres et du monde (JANET, 1903, 1928a, 1935a). La première concerne l’intégration d’un vécu avec le sentiment explicite, personnel, qui nous appartient : « C’est à
moi que c’est arrivé, et c’est
moi qui en pense ceci ou cela » (personnification). La seconde consiste à être fermement ancrée dans le présent, tout en intégrant son passé, son présent et son futur. Elle se manifeste à travers l’adaptation maximale et réfléchie des actes du sujet dans le présent (présentification). (p. 28)
* Les phobies :
Traditionnellement, on a relégué les phobies dans la catégorie des troubles anxieux, et on a considéré qu’elles étaient dirigées vers des signaux externes (par exemple les araignées, les hauteurs, les microbes, la phobie sociale) et qu’elles ont une signification psychodynamique. Cependant, les phobies peuvent aussi concerner des phénomènes internes, des actions mentales comme certaines pensées, certaines émotions, des fantasmes, des sensations et des souvenirs. Les thérapeutes qui travaillent avec des individus traumatisés chroniques admettent sans difficulté que ces patients ont souvent une peur extraordinaire des actions mentales aussi bien que des stimuli externes qui leur rappellent leur vécu traumatique. (p. 30)
En fait, les survivants de traumatismes peuvent devenir anxieux et éviter n’importe quelle action mentale, comme le fait d’avoir des émotions, des sensations ou des pensées quand celles-ci sont consciemment ou inconsciemment associées au traumatisme initial. C’est ainsi que la plupart des survivants ont à quelque degré une phobie des actions mentales d’origine traumatique (que nous appelions naguère
phobie des contenus mentaux […]). La phobie des ces actions mentales provient de la phobie centrale des souvenirs traumatiques et inclut la peur, le dégoût, la honte que la personne a associés aux souvenirs traumatiques.
Tant que ces patients ont peur de leur vie intérieure, ils ne peuvent pas intégrer leurs expériences internes, et la dissociation structurelle se poursuit. […] Les phobies de l’attachement et de la perte de l’attachement se développent facilement parce que les individus traumatisés chroniques ont été blessés par d’autres êtres humains, particulièrement ceux qui s’occupaient d’eux. L’attachement est donc vécu comme dangereux, mais aussi, bien sûr, comme nécessaire. La phobie de l’attachement est souvent accompagnée, paradoxalement, d’une phobie tout aussi intense de la perte de l’attachement. Celle-ci se manifeste par des émotions et des comportements désespérés qui poussent l’individu à rencontrer une autre personne à tout prix. En général, ce sont des parties différentes de la personnalité qui expérimentent ces phobies opposées. Celles-ci s’appellent l’une l’autre en un cercle vicieux, où les changements perçus dans la proximité ou la distance d’une relation produisent le schème borderline bien connu « je te hais/ne me quitte pas », récemment décrit comme un attachement désorganisé/désorienté (l’attachement-D – cf. par exemple LIOTTI, 1999a). (p.31)
* La dissociation structurelle de la personnalité :
Plus précisément, la dissociation est une division « entre les systèmes d’
idées et des fonctions qui, par leur synthèse, constituent la personnalité » (JANET, 1909 p. 345). Quand JANET parlait d’idées, il ne voulait pas simplement parler des pensées, mais de complexes psychobiologiques (des systèmes) comprenant des pensées, des affects, des sensations, des comportements, des souvenirs, que nous appelons
actions mentales. Et il sous-entendait que ces systèmes d’idées et de fonctions ont leur propre conscience de soi, même si elle est extrêmement rudimentaire. (p. 48)
[Ndr : cette conscience de soi propre à chaque action mentale explique pourquoi les traumatisés chroniques ont parfois le sentiment d’être ‘morcelé’, d’avoir une identité ‘fracturée’, divisée en pièce d’un puzzle dont il manque des éléments, etc., bref dissociée].
*
Partie apparemment normale (PAN) et partie émotionnelle (PE) de la personnalité :
Ces parties de la personnalité ont été reconnues par beaucoup d’auteurs, qui ont utilisé un grand nombre de terminologies différentes pour en parler (par exemple BREWIN, 2003 ; FIGLEY 1978 ; HOWELL, 2005 ; KLUFT, 1984 ; LAUFER, 1988 ; PUTNAM, 1989 ; TAUBER, 1996 ; WANG, WILSON et MASON, 1996). Par exemple, FIGLEY et d’autres opposent le « mode survivant » dissociatif (c’est-à-dire la PE), dans lequel l’individu traumatisé est piégé dans des souvenirs traumatiques, et un mode de « fonctionnement de la personnalité normale » (c’est-à-dire la PAN). S’agissant des vétérans traumatisés de la guerre du Vietnam, LAUFER (1988) parle d’un « self de guerre » et d’un « self adapté ». Et chez les survivants qui ont vécu, enfants, l’Holocauste, TAUBER (1996) distingue « la composante enfant [ou le self enfant] » de la « composante [ou du self] adulte chronologiquement approprié(e) ». […] En tant que PAN, le survivant assure en général les tâches de la vie quotidienne comme la reproduction, l’attachement, la sollicitude et autres tendances à l’action sociales, et l’évitement des souvenirs traumatiques, qui l’encourage à se centrer sur les problèmes de la vie quotidienne. Au contraire, en tant que PE, le survivant montre des réactions défensives et émotionnelles d’ordre évolutionnaire à la menace (perçue) à laquelle il semble fixé. (pp. 50-51)
*
Les d
éfenses intéroceptives :
Ces défenses sont la manifestation de la phobie des actions mentales. […] On les appelle mécanisme de défense psychologique dans la littérature psychodynamique ; ce sont le clivage, le narcissisme, la projection… Non seulement elles protègent l’individu contre ses propres émotions, ses pensées et ses fantasmes intolérables, mais elles servent aussi de défense sociale contre les ruptures d’attachement et la perte imaginée du statut social. (p. 58)
[4] Paul-Claude RACAMIER,
Pensée perverse et décervelage ; propos souligné par l’auteur.
[5] Albert CICCONE & Alain FERRANT,
Honte, culpabilité et traumatisme, p. 164.
[6] Onno Van der HART, Ellert R.S. NIJENHUIS, Kathy STEELE,
Le soi hanté : Dissociation structurelle et traitement de la traumatisation chronique, p. 113.
[8] Paul-Claude RACAMIER,
Pensée perverse et décervelage ; propos souligné par l’auteur.
[9] Saverio TOMASELLA,
La traversée des tempêtes : Renaître après un traumatisme, p. 92.
[10] Onno Van der HART, Ellert R.S. NIJENHUIS, Kathy STEELE,
Le soi hanté : Dissociation structurelle et traitement de la traumatisation chronique, pp. 16 et 17.
[11] Noami KLEIN,
La stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre.
[12] Onno Van der HART, Ellert R.S. NIJENHUIS, Kathy STEELE,
Le soi hanté : Dissociation structurelle et traitement de la traumatisation chronique, p. 80.
[16] Sigmund FREUD,
Cinq psychanalyses, le petit Hans.
[19] Onno Van der HART, Ellert R.S. NIJENHUIS, Kathy STEELE,
Le soi hanté : Dissociation structurelle et traitement de la traumatisation chronique, pp. 32-33
[21] Voir à ce propos le témoignage d’
alouette intitulé :
Un livre très utile pour les personnes concernées, indispensable pour tout thérapeute, à lire sur les commentaires du site Amazon concernant le livre d’Onno VAN DER HART & al.,
Le soi hanté :
Dissociation structurelle et traitement de la traumatisation chronique.
[26] Alain de MIJOLLA & al.,
Dictionnaire international de la psychanalyse, Tome 1, p. 297.
[31] Sur les « décisions absurdes » et les biais cognitifs, se reporter au précédent article
Peut-on faire confiance à notre jugement ? La fiabilité des ‘experts’ en cause qui fait état des erreurs de jugement dans la prise de décision. L’auteur dont il est question dans ce billet, chercheur et psychologue de formation, a obtenu en 2002 le prix Nobel… d’économie pour ses travaux sur la prise de décision en économie et gestion. Daniel KAHNEMAN, puisque c’est de lui dont il s’agit, a modélisé une représentation du fonctionnement de notre cerveau en deux systèmes distincts : « le système 1 » et le « système 2 » qu’il invite à considérer comme des surnoms (par exemple Bob et Joe) dont sont affublés des personnages fictifs possédant chacun des personnalités bien distinctes. Or, dans ce modèle, bien qu’utilisé pour décrire un fonctionnement du cerveau non pathologique, est axé sur le même schéma que celui de Pierre JANET. C’est-à-dire que la description du système 2 est l’équivalent de la PAN et celle du système 1 celui de la PE. Et la cause des « décisions absurdes » proviendrait, selon Daniel KAHNEMAN, d’une mauvaise communication entre les deux systèmes de pensée.
Avertissement aux lecteurs : cet article un peu long pourrait largement dépasser la capacité d’attention minimale requise pour en appréhender le sens. Présentant un facteur connu dans l’étiologie des conflits, quoique négligé dans l’analyse des crises actuelles que nous traversons, ne lisez pas ce qui suit si vous n'en avez pas la patience ou l'humeur.
« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu ».
[Traduction du Prologue de l’évangile de Jean
[1]. Le texte original grec fait mention du terme « Logos » qui est soit traduit par « Verbe », soit par « Parole ».]
Et si la Parole (le Verbe ou le Logos) était aux humains ce que le langage informatique de programmation est à l’ordinateur ?
D’après la Genèse « Dieu créa l’homme à son image », selon cette logique, pourquoi l’homme ne créerait-il pas des « choses » ou des outils à son image à lui (un peu selon le modèle des poupées russes) ?
Ce qui voudrait dire que, comme pour l’informatique, le langage (la parole) servirait à créer des programmes psychiques opérants – du style des systèmes d’exploitation ou des logiciels de nos ordinateurs – tout autant qu’un trouble du comportement et/ou des « pathologies » mentales (à l’image des virus informatiques ou d’un « bug » de fonctionnement). Après diverses péripéties, cette « croyance » préfigure désormais certaines approches des sciences humaines dites « intégratives »
[2].
L’avènement d’Internet et des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) nous ont projetés dans une nouvelle ère qualifiée par certains sociologues « d’âge de la barbarie communicationnelle » :
« Quel est le paradoxe contemporain ? Un accroissement considérable de moyens de communication induit peu de communication (au sens de « compréhension »). Pourtant, il s’agit là d’un enjeu décisif pour que nous puissions éventuellement sortir de la barbarie de la communication humaine »[3].
La « compréhension », fruit d’un fonctionnement efficient de nos perceptions/représentations,
« enjeu décisif pour que nous puissions éventuellement sortir de la barbarie de la communication humaine », n’est pas l’apanage de l’homme « moderne », bien inséré socialement et ancré dans la « philosophie » de son époque. Bien que la quête de sens soit indispensable au développement de la conscience humaine, si nous nous fions à l’actualité quotidienne et aux nombreux conflits ou évènements traumatiques dont elle nous fait part, il semblerait plutôt que ce soit l’incompréhension qui se généralise dans notre société. Autrement dit, au lieu de sortir de « l’âge de la barbarie communicationnelle », nous nous y enfonçons. Ce qui signifie
de facto que notre « machine symbolique » est perturbée par des aléas que nous maîtrisons mal, voir pas du tout, avec pour conséquence une perte de « sens ». L’absence de mise en sens est confusiogène et révèle une forme de « dégénérescence » (régression, involution) qui pourrait conduire certains d’entre nous aux frontières de la folie si, en réponse à l’anxiété que le non-sens génère, nous n’élaborions pas des défenses intrapsychiques que les psychologues, psychanalystes ou autres thérapeutes ont identifiées sous l’appellation de « défenses primaires »
[4].
La question qui se pose alors est de savoir comment ce processus « dégénératif » se propage et quel peut-être le dénominateur commun interactionnel par lequel toutes les organisations sociales (familles, entreprises, institutions, états, etc.) peuvent en être infectées ?
Nous savons depuis longtemps déjà, grâce notamment aux travaux d’Aristote sur les sophismes et la logique formelle, qu’il n’est pas toujours aisé de parvenir à se comprendre et à s’entendre. Certains allant même jusqu’à faire usage de procédés rhétoriques, tels que ceux qu’Arthur SCHOPENHAUER qualifiait de « dialectiques éristiques » dans son petit traité sur
« L’art d’avoir toujours raison », comme des poignards dont la pointe peut tuer sans se salir les mains.
Toutefois, si la rhétorique sophistique permet de prendre l’avantage sur un adversaire en le manipulant (ou en manipulant l’interprétation des faits), certains procédés sont plus particulièrement pernicieux et leurs impacts délétères sur notre cerveau n’ont que récemment été mis en évidence. Lorsqu’ils trouvent le climat propice à leur plein accomplissement, ils transforment un être humain en zombie le rendant tributaire d’une
relation d’emprise[5]. À ce titre, ils constituent un crime parfait également dénommé « meurtre psychique » ou parfois « meurtre d’âme ». La victime est physiquement présente, mais dévitalisée, « morte » intérieurement ; privée de ses capacités d’analyse, de son esprit critique et de son libre arbitre, rendue incapable de discernement, en proie à la peur, au doute et à la culpabilité. Bref, « décervelée
[6] ».
Du simple individu, personnellement et intimement ciblé par ces techniques de soumission, aux groupes et à la population, ces tactiques suivent un même processus. Seules varient, la fréquence, l’intensité et la durée de l’exposition d’un sujet à ces méthodes coercitives.
D’un point de vue sociétal, ces « pressions » se manifestent insidieusement de plus en plus violemment sous diverses formes : idéologie (souvent « sectaire »), propagande (rebaptisée « lobbying »), infantilisation des programmes télés (« télé réalité », etc.), publicité
[7] et marketing stratégique ou neuromarketing, appauvrissement des débats de société (le conflit est privilégié au détriment de l’échange dans le respect des opinions de chacun : il faut que les gens se « fritent » pour faire de l’audimat), l’intolérance et l’incivilité se généralisent (sous couvert de la liberté d’expression), etc. Il est difficile de ne pas faire le rapprochement entre ces moyens modernes de « décervelage » public et les techniques de manipulation des foules du siècle dernier
[8]. Toutefois, toutes ces manœuvres déployées dans le but de « domestiquer » (« moutonner ») le bon peuple sont intentionnelles et répondent à une activité consciente et préméditée de leurs auteurs, mais il en est d’autres qui font appel à un registre inconscient de la psyché humaine et émanent d’une « défense de survivance »
[9] qu’il importe de connaître, car
c’est sur la compréhension de cet « inconscient » que sont désormais construites les techniques modernes de manipulation des foules.
Cette « défense de survivance » s’active chez un locuteur dans des situations, perçues par lui comme potentiellement dangereuses, menaçantes et/ou angoissantes. Génératrice de conflits, elle paralyse la pensée et provoque des
dissociations mentales[10] (d’où l’intérêt de l’appel à la peur et à l’émotionnel qui se sont très nettement généralisés dans tous nos médias). C’est-à-dire qu’elle fonctionne comme un réflexe de survie protégeant l’intégrité psychique du sujet (ou de l’équilibre mental auquel il est parvenu) en mettant en place des mécanismes de protection complexes qui s’expriment essentiellement par les défenses primaires, telles que déjà évoquées, et sur lesquelles viennent se greffer un système non moins complexe de communication paradoxale, objet de cet article.
Dès lors, et dans un premier temps, comment reconnaître cette communication paradoxale et quel peut-être son impact sur nous lorsque nous sommes les destinataires de ce type de message ?
Précisons en aparté que les paradoxes constituent bien souvent une forme involontaire de manipulation (d’autrui, des foules ou… de soi-même) qui dans la majorité des cas passe totalement inaperçue du fait de leurs caractéristiques intrinsèques. Ils ne sont pas tous nuisibles et tendent vers une double polarité. D’un côté, ils sont au service d’une profonde réflexion, d’un jeu de l’esprit ou d’un « brainstorming » à l’origine de nombreuses découvertes majeures : ils participent à l’élan créatif de notre Univers ; d’un autre, agents de déliaison ou de disjonction, ils peuvent être déstructurant au point de rompre les liens interindividuels
[11]favorisant ainsi la montée de l’individualisme dans notre société. Il apparaît donc opportun de pouvoir distinguer l’une ou l’autre de ses deux formes d’injonctions paradoxales afin de « trier le bon grain de l’ivraie », car entre vice et vertu, frein ou moteur de l’action,
« la valeur heuristique du paradoxe réside dans sa capacité à interroger, remettre en cause, pointer les incohérences ou les mystères d’un raisonnement, d’une opinion, d’une situation, d’un problème »[12].
De nombreuses disciplines se sont penchées sur les paradoxes et il va de soit que du point de vue où chacune se situe, toutes n’ont pas le même regard sur cette spécificité du langage, mais ce qui nous intéresse ici sont les paradoxes « serrés » qui concernent « l’effort pour rendre l’autre fou », c’est-à-dire
les contraintes paradoxales, doubles contraintes (traduction de « double-bind ») ou les paradoxes pragmatiques.
Historique de la double contrainte :
Nous devons la découverte et les premières études sur les contraintes paradoxales à l’École de Palo-Alto, fortement influencée par la cybernétique, qui a bouleversé les conceptions de la psychiatrie traditionnelle et contribué au développement des thérapies familiales et des thérapies brèves systémiques.
En 1956, Grégory BATESON et son équipe firent paraître un article intitulé
« Vers une théorie de la schizophrénie »[13] où ils développèrent une thèse basée sur l’étude et l’observation de la communication, verbale et non-verbale, dans les familles de schizophrènes. Leurs recherches aboutirent à mettre en évidence ce qui peut-être considéré comme un « bug » du langage qu’ils dénommèrent « double-bind ». Selon l’hypothèse développée par ces chercheurs, ce sont ces doubles contraintes, répétées des dizaines de fois par jours dans les interactions familiales, qui seraient l’un des principaux facteurs contribuant à développer une schizophrénie (à la « révéler » et/ou la réveiller).
Durant près de deux décennies, cette théorie convainquit de nombreux praticiens avant qu’elle ne soit délaissée au profit des découvertes réalisées dans le domaine de la génétique sans toutefois que nous n’ayons jamais découvert le « gène » de la schizophrénie
[14].
Nous assistons de nos jours à un retour de cette approche qui, comme le soulignait déjà Grégory BATESON, s’applique à tous les domaines de la vie. C’est aussi, comme nous le verrons, plus loin, la conclusion de quelques psychanalystes qui se sont penchés sur ce problème. Il ne faudrait cependant pas tomber dans l’excès qui consiste à croire que puisqu’il y a des paradoxes partout, il n’y en a nulle part. Quelques définitions s’imposent donc, mais avant cela il nous faut préciser ce que sont les doubles contraintes au regard des paradoxes (ou injonctions paradoxales).
Trois caractéristiques permettent d’identifier un paradoxe : la première est que tout paradoxe naît de la contradiction, la deuxième tient au fait qu’un paradoxe crée une situation dans laquelle le choix est interdit et enfin la troisième réside dans la structure autoréférentielle du paradoxe
[15].
Les sciences humaines différencient également trois catégories de paradoxes : les paradoxes logiques (ou antinomies), les paradoxes sémantiques et les paradoxes pragmatiques. C’est à cette dernière catégorie qu’appartiennent les doubles contraintes. C’est donc à elle que nous nous intéressons plus particulièrement dans cette présentation.
Définition du « double-bind » selon l’école Palo-Alto[16] :
La double contrainte, forme très pernicieuse d'injonctions paradoxales, a été beaucoup étudiée par BATESON, notamment dans le cadre psychiatrique. Les éléments qui composent une double contrainte peuvent être décrits de la manière suivante :
• Deux ou plusieurs personnes sont engagées dans une relation intense qui, pour l'une d'elles au moins, a une grande valeur psychologique. Les situations caractéristiques de relations intenses sont multiples :
relations de couple, relations parent-enfant, dépendance matérielle et psychologique, fidélité à une cause, une norme, une idéologie, engagement professionnel, etc.
• Dans un tel contexte, chargé émotionnellement, un message est émis et structuré de telle manière que :
a) il affirme quelque chose ;
b) il affirme quelque chose sur sa propre affirmation ;
c) ces deux affirmations s'excluent.
• Enfin, le récepteur du message est mis dans l'impossibilité de sortir du cadre fixé par ce message, soit par une métacommunication (qui constituerait une critique inacceptable), soit par le repli (si sa position de pouvoir lui interdit la critique).
Que le message apparaisse comme dénué de sens n'est pas ce qui importe le plus. Il possède, en revanche, une réalité pragmatique beaucoup plus redoutable : on ne peut pas ne pas y réagir, mais on ne peut pas non plus y réagir de manière adéquate (i.e. non paradoxale) puisque le message est lui-même paradoxal. Dès lors, un individu pris dans une double contrainte est dans une situation très inconfortable et ne peut que : soit se sentir « puni » (ou au moins coupable) s'il décèle la double contrainte, soit passé pour « fou » s'il insinue qu'il y a discordance entre ce qu'il voit et ce qu'il « devrait » voir. Grégory BATESON résume cette situation ainsi :
« Vous êtes damné si vous le faites, vous êtes damné si vous ne le faites pas ». C’est l’expression d’une logique perdant-perdant.
Dans la durée, seules trois issues sont possibles (du point de vue palo-altiste) qui dépendent largement du système de pouvoir en place :
• ressentiment et repli si le(s) destinataire(s) se trouve(nt) en position de faiblesse avec instauration « d'un jeu sans fin »
[17] dans lequel les protagonistes se retrouvent prisonniers d'un jeu qu'ils ont eux-mêmes créé et qu'ils contribuent à reproduire ;
• conflit, si le rapport de force est plus égalitaire ;
• fin de la relation (le récepteur « démasque » le paradoxe et met fin à la relation). Il est clair que beaucoup de situations rendent cette dernière solution impossible et mettent donc le destinataire dans une situation littéralement « folle », car il se trouve dans une position « basse » lui interdisant de métacommuniquer.
Au travers de cette définition, nous pouvons très bien percevoir l’utilité d’une représentation communicationnelle des paradoxes qui peut être intéressante à mobiliser dans différents contextes. C’est ce que font de plus en plus à l’heure actuelle certains auteurs qui tentent d’expliquer les pressions managériales que les salariés subissent dans les organisations du travail et les risques psychosociaux qui s’en dégagent (de nombreuses études – ouvrages, essais ou autres – sont désormais disponibles sur le sujet des RPS
[18] qui peuvent conduire au suicide d’un salarié
[19]).
Si cette définition des contraintes paradoxales fait consensus dans les milieux psys, la psychanalyse, quant à elle, ne s’est guère intéressée à l’étude des paradoxes. Certaines de ses théories n’en sont d’ailleurs pas exemptes (il en va de même pour les systémiciens, théoriciens et découvreurs de la double contrainte). Cependant, les quelques psychanalystes qui se sont penchés sur ce problème interprètent cette forme de communication comme un déni d’altérité. Déni qui serait à l’origine de la « chosification » (« l’objétisation » ou l’exploitation) d’un être humain par un autre être humain qui, selon le philosophe Primo LEVI, serait une expérience « non-humaine »
[20].
L’approche psychanalytique des constructions sémantiques paradoxales ne manque cependant pas d’intérêts, car si elles touchent le domaine particulier des maladies mentales, leur influence se fait sentir dans toutes nos institutions comme le souligne fort bien Harold SEARLES, le premier psychanalyste à avoir étudié cette forme de communication. Dans son article intitulé
« L’effort pour rendre l’autre fou », H. SEARLES précise que :
« Parmi tous les facteurs étiologiques de la schizophrénie, facteurs assurément complexes et, de plus fort variables d’un cas à l’autre, on découvre qu’intervient souvent – je dirais même régulièrement – un élément spécifique. D’après mon expérience clinique, l’individu devient schizophrène, en partie, à cause d’un effort continu – largement ou totalement inconscient – de la ou des personnes importantes de son entourage, pour le rendre fou ». Puis plus loin, détaillant les différents modes sur lesquels on peut rendre l’autre fou :
« selon moi, on peut dire de manière générale que l’instauration detoute interaction interpersonnelle qui tend à favoriser un conflit affectif chez l’autre – qui tend à faire agir les unes contre les autres différentes aires de sa personnalité – tend à le rendre fou (c’est-à-dire schizophrène) ». Et enfin, citant le docteur en médecine et psychanalyste hollandais Joost Abraham Mauritz MEERLOO (1903 – 1976) pour son ouvrage sur
« Le viol de l’esprit : La psychologie du contrôle de la pensée, menticide et lavage de cerveau » paru en 1956 et réédité en 2009 (non traduit en français) :
« Le sujet que je traite ici n’est pas sans rapport avec un tout autre domaine de l’activité humaine, celui de la politique internationale et de la guerre. Je fais allusion au lavage de cerveau et autres techniques du même genre. En lisant le livre fort intéressant que MEERLOO a récemment écrit sur la question, “le Viol de l’esprit”, j’ai souvent été frappé par de nombreuses analogies entre les techniques de lavage de cerveau qu’il décrit – conscientes et délibérées – et les techniques inconscientes (ou largement inconscientes) que l’on découvre à l’œuvre dans l’expérience présente et passée des schizophrènes, techniques qui visent à entraver le développement du moi et à saper son fonctionnement… ».
Cet élément spécifique :
les interactions interpersonnelles qui tendent à faire agir les unes contre les autres différentes aires de sa personnalité (provoquant ce que les psychosociologues appellent la
dissonance cognitive[21]) sont les contraintes paradoxales ou les paradoxes pragmatiques.
Ceci précisé, nous n’aurons aucun mal à comprendre que ce type de communication rend littéralement « fou » en sachant que la répétition des contraintes paradoxales génère une
dissociation mentale. Pour les palo-altistes, cette dissociation se manifeste entre le langage digital (cerveau gauche) et le langage analogique (cerveau droit), soit une dissociation verticale de notre cerveau ; et pour les psychanalystes, elle s’effectue entre inconscient et conscient, soit une division horizontale de nos processus mentaux
[22]. C’est ici et dans cette distinction qu’il conviendrait probablement de resituer la querelle entre TCC et psychanalyse.
Quel que soit la dissociation (horizontale et – ou [ ?] – verticale) ce qu’il faut en retenir, c’est que palo-altistes et psychanalystes s’accordent pour dire que les personnes soumises à ce type de communication connaissent des états de conscience altérée, plus communément appelés états dissociatifs et qui sont caractéristiques de traumatismes psychiques connus également en psychotraumatologie par les victimologues sous le nom de traumatismes DESNOS ou
traumatismes complexes[23] (de type II) similaires aux états de stress post-traumatique (de type I) généré dans le cas d’un évènement provoquant un syndrome de STOCKHOLM
[24]. Ce dernier résulterait de l’intensité du traumatisme subit, alors que pour un trauma de type II, seraient en cause la fréquence (la répétitivité) et la durée de l’agression. Un consensus interdisciplinaire se dégage donc de l’étude de l’impact des contraintes paradoxales que l’on retrouve aussi à l’œuvre dans diverses formes de maltraitances : violence psychologique, harcèlement moral, mobbing, bullying, manipulation destructrice, discrimination, etc., sans que ne soit spécifiée la source de ce « mal ».
Pour compléter le tableau dressé sur le « double bind » (incorrectement traduit par « double lien » ou « double contrainte » selon P.-C. RACAMIER) rappelons en ici sa définition psychanalytique :
« Dans les organisations psychotiques (schizophréniques) […] une attaque subtile et constante est dirigée contre les affects, les représentations et les processus de la pensée. Tel est le sens des communications ou transactions que l’école de Palo-Alto a décrites avec un soin si naturaliste. À peine est-il besoin de rappeler en quoi consiste par exemple la stratégie du double-bind. Si le terme en est difficilement traduisible, la stratégie en est désormais connue. Elle implique deux personnes (au moins), dont il faut admettre que l’une, en position de victime piégée, dépend psychologiquement de l’autre, en position de piégeur ; le piège vise à rendre cette dépendance absolue ; il consiste à formuler de manière explicite une injonction donnée, et, par un message parallèle et voilé, une injonction complètement contradictoire avec la première, et cela de telle sorte qu’il soit impossible d’apercevoir la contradiction et de s’y soustraire […] Ces sortes de manœuvres, qui peuvent être complexes et subtiles, produisent d’ordinaire un effet spécifique, fait surtout de confusion, dans les affects et dans la pensée. Et pour cause : le moi du piégé est saisi dans une contradiction qui le fascine et le sidère »[25]. En résumé :
« le paradoxe se définit comme une formation psychique liant indissociablement entre elles et renvoyant incessamment l’une à l’autre deux propositions ou impositions qui sont inconciliables et cependant non opposables »[26].
Cette grille de lecture, appliquée à tous les secteurs de notre société, nous permet de mieux comprendre les difficultés que nous éprouvons à l’heure actuelle dans le monde d’aujourd’hui.
Dès lors, une question inévitable se pose, comment briser le cercle infernal dans lequel la double contrainte emprisonne et paralyse notre pensée (la « piège », interdisant
de facto notre libre arbitre ou notre conscience de se prononcer « librement ») ?
Dans un premier temps, il convient de les identifier.
Plusieurs classifications existent et il serait difficile d'en rédiger ici une synthèse. Le lecteur intéressé par cette problématique pourra toutefois s’en référer à l’ouvrage de Jean-Curt KELLER cité en référence dont est extraite cette liste choisie pour la praticité de son utilisation dans la vie courante (la plupart sont surtout à usage clinique et plutôt réservées aux praticiens).
Typologie des paradoxes pragmatiques[27] :
Les chercheurs du Brief Therapy Center du Mental Research Institute de Palo Alto ont établi une classification d’injonctions autoréférentielles et interactionnelles, comprenant cinq types :
1° Premier type :
« sois spontané ! » La personne tente de se contraindre à faire ce qui ne peut survenir que spontanément.
2° Deuxième type :
« évite de penser à ce qui te fait peur ! » La personne tente de surmonter la crainte d’un événement en développant des conduites d’évitement.
3° Le troisième type est
« ne me traite pas comme si j’étais en position d’infériorité ! » Il concerne des situations d’interaction dans lesquelles une personne tente de parvenir à un accord dans le conflit. La personne fait pression sur l’autre pour qu’elle accepte de se comporter selon son désir. Les conflits de couple, les conflits du domaine de l’éducation, les conflits du travail, etc. relèvent souvent de ce type.
4° Le quatrième type est
« je voudrais que tu veuilles faire cela ! » La personne tente d’obtenir de l’autre ce qu’elle veut sans avoir à le lui demander directement. C’est le paradoxe de l’aide imposée dont les obligations de soins de certains délinquants sont un parfait exemple.
5° Le cinquième type d’injonction est
« ta défense prouve ta faute ! » Toute tentative de se défendre par la personne mise en cause confirme les soupçons de son accusateur. Cette situation éminemment interactionnelle se rencontre dans les groupes où peuvent flotter des soupçons de jalousie.
Il va de soit que chaque expression définissant un type de paradoxe n’est pas univoque. Par exemple, le troisième type de paradoxe formulé par «
ne me traite pas comme si j’étais en position d’infériorité ! » peut aussi se concevoir par la locution :
« faîtes ce que je dis, pas ce que je fais ! » qui trouve des applications très courantes dans notre société, notamment dans les domaines de la politique et des entreprises.
Identifier une contrainte paradoxale est le nœud gordien qu’il conviendra de dénouer (ou de trancher) soit en appliquant l’une des trois issues possibles tel que cité précédemment, à savoir : le repli, le conflit ou la fin de la relation, soit, après avoir démasqué le paradoxe, tenter d’en faire prendre conscience au « paradoxeur » (faiseur de paradoxes). Cette dernière solution n’est cependant pas aisée, car si sur son versant « positif », prendre conscience de ses propres paradoxes est un « acte de pensée » (noèse) qui favorise la réflexion et l’émergence d’une solution (acte de création), à l’opposée, nous devons nous confronter à la « défense de survivance » du paradoxeur dont la résistance est particulièrement difficile, voire « impossible », à briser. Ce qui conduit souvent à l’une des trois issues citées par Paul WATZLAWICK et freine, quand elle ne l’interdit pas, la réflexion nécessaire à l’éveil des consciences.
Cependant, nous ne devrions pas sous-estimer le bénéfice vital que nous apporte ce décodage parce qu’en tout état de cause :
« Une injonction paradoxale démasquée est une contrainte paradoxale manquée »[28]. C’est-à-dire que décryptées, les doubles contraintes perdent leur nocivité ce qui, compte tenu de leurs qualités intrinsèque et extrinsèque, permet une meilleure compréhension interindividuelle (de soi et d’autrui). Compréhension qui, comme nous l’avons vu en introduction, est l’une des conditions
sine qua non pour sortir de l’âge de la barbarie communicationnelle.
Cette identification faîte, il nous reste à comprendre par quel mécanisme ces paradoxes pragmatiques se propagent dans les organisations au point d’en « paralyser » le fonctionnement et les rendre inefficaces ou « folles ».
C’est relativement simple et cela constitue la quatrième et la plus courante des issues empruntées pour contourner la difficulté imposée par une contrainte paradoxale sans avoir à y faire face : quiconque a reçu un conflit qui n’est pas le sien n’aura qu’un seul désir, c’est de le refiler à quelqu’un d’autre, telle une patate chaude (excret)
[29], pour s’en dégager (et s’en déresponsabiliser). La dynamique en œuvre est celle de l’extension et de la diffusion de plus en plus loin. Cette exportation est redoutable parce qu'elle tend à se propager et à s’étendre en se colportant d’hôte en hôte, rendant de plus en plus difficile et aléatoire le fait de remonter à la source du problème. Cette expansion tend à généraliser l’incompréhension qui finit par gangrener toute l’institution dès lors porteuse d’un « virus » potentiellement mortel générateur de stress et favorisant un climat où règnent l’ostracisme, la mise à l’écart, les situations de « bouc émissaire », de « souffre-douleur » ou de « tête de Turc », etc.). C’est le principe de l’expulsion des conflits tel que théorisé par la troisième topique psychanalytique de Paul-Claude RACAMIER (cf, article 1, 2, 3 et 4). Topique qui associe l’intrapsychique de la psychanalyse à l’interpsychique des palo-altistes tout en les enrichissant mutuellement.
Précisons pour conclure que la communication paradoxale est aussi désignée sous les terminologies de communication déviante, qui se présente sous forme de communication vague, ambiguë, illogique et idiosyncratique
[30] dans laquelle s’expriment également la mystification
[31] et la disqualification
[32], ou de communication perverse
[33]. Toutefois, seuls les paradoxes posent des problèmes d’identification. Cette communication paradoxale, déviante ou perverse est pathogène en ce qu’elle annihile et inhibe la pensée créatrice porteuse de solutions (soit nos capacités d’analyse, notre esprit critique, nos facultés de discernement et donc, notre libre arbitre). Or,
« La créativité naît de contraintes dominées et transcendées »[34].
Nous n’avons abordé que partiellement les conséquences de « l’anéantissement » provoqué par les contraintes paradoxales qui s’exprime à leur paroxysme par des traumatismes complexes de type II. Il serait toutefois illusoire de croire que cette communication déviante, cet « effort pour rendre l’autre fou », n’ait aucun impact, à moindre échelle, sur tout individu. Nous en observons tous les jours les effets. Ils se traduisent socialement par « l’effet mouton de Panurge ». Ceux qui analysent l’évolution des modes de communication (ne seraient-ce que depuis l’avènement d’Internet et de la téléphonie mobile) ne peuvent que constater le « délitement » observé de notre « tissu » social. Proportionnellement à cette érosion des liens intra- et interpsychiques, résultat d’une communication paradoxale non démasquée et propagée par nos politiques et nos médias, s’instaure peu à peu une situation d’emprise qu’une psychologue, spécialisée dans les problématiques des entreprises (RPS), le harcèlement moral et le suicide au travail, a pu requalifier de « totalitarisme rampant »
[35].
Je terminerai ce billet en citant Mary-Catherine BATESON, fille de Grégory BATESON :
« La double contrainte décrit une distorsion parfois pathogène que l’on peut découvrir dans la communication lorsqu’on l’envisage d’une certaine manière ; mais pour comprendre la double contrainte, il est nécessaire d’apprendre une nouvelle façon de penser la communication, qui repose sur une épistémologie des relations qui est à la base à la fois de la pathologie et de la créativité – ou plutôt désapprendre une épistémologie que la plupart d’entre nous considèrent comme allant de soi. […] L’humour et la religion, l’art et la poésie restent mystérieux, mais peuvent s’avérer essentiels pour l’espèce humaine parce que notre existence sur cette planète est en elle-même une double contrainte et que les doubles contraintes peuvent déclencher la prise de conscience tout autant que le conflit »[36].
Philippe VERGNES
N. B. (1) :
Le choix de rédiger ce long billet d’un seul tenant n’était pas sans risque compte tenu des précisions qu’il m’aura été nécessaire d’ignorer pour ne pas compliquer outre mesure ce texte. Il m’est apparu utile vis-à-vis de l’importance de ce sujet, auquel il me faudra me référer pour développer un concept majeur à connaître au niveau des individus, des groupes et des sociétés afin de comprendre l’immobilisme et la résignation dans lesquels la plupart des gens semblent s’enfermer en réponse aux difficultés croissantes que nous rencontrons à l’heure actuelle. Je fais référence ici à la relation d’emprise telle que succinctement évoquée dans cet article et qui fera l’objet d’un prochain exposé.
N. B. (2) :
La référence au “pouvoir” et aux “crises” dans le titre de cet article n’a pas été évoquée explicitement lors de cet écrit. Ce lien est pourtant « intuitivement » perçu par tous ceux qui connaissent le principe, très paradoxal, de la création monétaire basée sur le crédit[37]. De par la place que l’argent occupe dans notre société, ce paradoxe contraignant (donc conflictogène puisqu’irrésolu) régit l’ensemble de nos rapports sociaux. Le paradoxe culturel qui en résulte pourrait se formuler ainsi : « l’idéologie contemporaine prône plus de liberté en aliénant toute pensée critique qui la réfute ».
[2] « À l’instar de la psychologie cognitive, la psychopathologie cognitive aborde les troubles émotionnels en se basant sur le modèle de traitement de l’information. Ainsi, ces dysfonctionnements pourraient se manifestait dans différentes étapes du traitement de l’information : attention, évaluation et mémoire. »Extrait de
« Psychopathologie et neurosciences. Questions actuelles de neurosciences cognitives et affectives », sous la direction de Salvatore CAMPELLA et Emmanuel STREEL, p. 20.
[3] Edgar MORIN,
« L’enjeu humain de la communication », in
« La communication, états des savoirs », ouvrage coordonné par Philippe CABIN et Jean-François DORTIER, éditions Sciences Humaines, Paris Seuil, 3
ème édition 2008, p. 30 et 31.
[5] La notion de « relation d’emprise » est peu connue. L’idée commence à se frayer un chemin depuis peu et elle est souvent confondue avec le concept de pulsion d’emprise. L’un des premiers à en avoir esquissé le contour est le psychanalyste Roger DOREY dans son article intitulé
« La relation d’emprise », paru dans la Nouvelle Revue de Psychanalyse, N° 24, 1981, p. 117-140.
La communication paradoxale est au cœur de la relation d’emprise.
[6] Les termes « décervelé » et « décervelage » font partie de la néologie de
Paul-Claude RACAMIER en référence à la machine à décerveler d’
Alfred JARRY dans sa pièce de théâtre : UBU ROI.
[8] De très nombreux livres, essais et études ont été consacrés à l’analyse de ces subterfuges et des dérives que les techniques de manipulation ont entrainées (cf.
« Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie » et
« Crystallising public opinion » d’
Edward BERNAYS dont l’histoire raconte qu’il fut le livre de chevet d’un certain
Joseph GOEBBELS, ministre du Reich à l’éducation et à la propagande sous le régime d’HITLER, ou encore
« Le viol des foules par la propagande politique » de
Serge TCHAKHOTINE,
« La fabrication du consentement, de la propagande médiatique en démocratie » de Noam CHOMSKY et Edward HERMAN, etc., etc., etc.)
[11] … (ou interpsychique) et intrapsychique. Les paradoxes « serrés » (ou « fermés ») provoquent aussi ce que certains praticiens nomment une dissociation. Sujet, au combien important pour comprendre les ressorts des manipulations modernes auxquelles nous sommes journellement exposées, qui sera traité dans un prochain article.
[14] Cette idée, héritée de la croyance du « tout génétique », bien qu’ayant encore court dans certain milieu, n’a plus de raison d’être aujourd’hui et est remise en cause par les récentes découvertes en épigénétique concernant la méthylation de l’ADN (cf.
Élisabeth BLACKBURN, prix Nobel de médecine en 2009,
« Épigénétique, nos états d’âme modifient notre ADN » ou encore l’article page 16 intitulé
« Nature et culture, innée et acquise » sur
Moshe SZYF, pionner de l’épigénétique, parue dans la revue « en-tête » de l’Université Mc GILL au CANADA). Quoi qu’il en soit, les recherches les plus avancées en sont, de nos jours, à étudier les liens entre l’innée et l’acquis dans des relations d’interdépendances et de coévolutions.
[15] Véronique PERRET et Emmanuel JOSSERAND (sous la direction de),
« Le paradoxe : Penser et gérer autrement les organisations », 2003, p. 6 à 9.
[16] Paul WATZLAWIK et al.,
« Une logique de la communication », p. 212-213.
[17] Paul WATZLAWIK et al.,
« Une logique de la communication », p. 54.
[18] Extrait de la page Internet du Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue Social :
« Un état de stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face (Ndla : cette définition correspond à une description simplifiée des contraintes paradoxales, sans toutefois les nommer explicitement, entrainant une dissociation mentale – ou un déséquilibre).
Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas, eux, uniquement de même nature.Ils affectent également la santé physique, le bien-être et la productivité ».
[20] « Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme ». Primo LEVI, citation extraite de son livre témoignage
« Si c’est un homme ».
[22] Paul WATZLAWICK,
« Le langage du changement, élément de communication thérapeutique », p. 46.
[25] Paul-Claude RACAMIER,
« Entre humour et folie », 1973.
[26] Paul-Claude RACAMIER,
« Souffrir et survivre dans les paradoxes », Revue Française de Psychanalyse, 1991/3.
[29] « Désigne tout élément psychique activement évacué à l’extérieur d’une psyché individuelle, qui s’en désolidarise et s’en débarrasse […] leur « transport » (transfert) est assuré par identifications projectives, expulsion en dilemmes et impositions paradoxales ; reçus par l’entourage (généralement à son insu) ils s’y comportent le plus souvent comme des poisons ou des parasites », in
« Cortège conceptuel » de Paul-Claude RACAMIER, 1993, p. 39.
[31] Définition CNRTL :
A. − Action de tromper, de berner (quelqu'un de naïf), généralement pour s'amuser à ses dépens. Synonyme :
blague, canular, farce, fumisterie, etc.
B. − Action d'abuser (une personne ou une collectivité) en déformant, en embellissant la réalité. Synonyme :
duperie, falsification, tromperie.
La mystification est une technique de manipulation courante également connue sous l’appellation « lecture de pensée » : votre interlocuteur connaît mieux que vous quelles peuvent être vos intentions. D’un point de vue psychanalytique, la mystification suppose une disqualification de l’autoperception qui pourrait se formuler ainsi :
« ce vous sentez (ressentez) est faux, je peux vous dire ce que vous devez sentir, ce que vous sentez vraiment » (René ROUSSILLON,
« Paradoxes et situations limites de la psychanalyse », p. 33). Il va de soi que pour être pleinement efficace la mystification doit s’exprimer en situation de double contrainte.
[32] Définition CNRTL :
Action de disqualifier ; son résultat.
1. Discrédit, dénigrement de la réputation de quelqu'un ou de quelque chose.
2. Désavantage.
Pour les paradoxalistes (psychanalystes spécialistes dans l’étude des paradoxes),
« la disqualification est une antireconnaissance, elle surgit de la non-prise en compte du désir de communiquer de l’un des deux locuteurs par l’autre. La disqualification signifie au sujet disqualifié que, concernant quelque chose qui le touche de près, il n’a rien à en dire, il n’a pas à en communiquer quoi que ce soit, mieux, il n’a pas à en penser quoi que ce soi. Globalement, elle lui signifie qu’il n’est rien » (René ROUSSILLON,
« Paradoxes et situations limites de la psychanalyse », p. 34). Tout comme pour la mystification, la disqualification est consubstantielle à la communication paradoxale.
[33] Marie-France HIRIGOYEN,
« Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien », chapitre 4
« La communication perverse », 1998, p. 117 à 138. Les travaux de Marie-France HIRIGOYEN ont fortement contribué à l’adoption de la loi de 2002 contre le harcèlement moral au travail.
[36] Mary-Catherine BATESON, préface du livre
« La double contrainte – L’influence des paradoxes de BATESON en sciences humaines » paru suite au colloque organisé à l’occasion du cinquantenaire de l’article de son père
« Vers une théorie de la double contrainte », 2008, p. IX et X.
Dans les yeux d'Olivier : sous l'emprise d'un manipulateur 08/08/13
Publiée le 9 août 2013
Comment tombe-t-on sous l'emprise d'un manipulateur ? Olivier Delacroix recueille le témoignage d'individus sous influence, qui ont été le jouet d'un gourou, d'un proche ou d'un pervers narcissique mais sont finalement parvenus à sortir des griffes de leur bourreau. Magali a vécu durant cinq ans dans une communauté sectaire dirigée par sa mère. Convaincue d'avoir vu la Vierge, Eliane considérait ses enfants comme ses disciples. Anne, en souffrance, a été manipulée par la psychanalyste qui la suivait. Sophie, harcelée par son compagnon, un pervers narcissique qui lui a fait croire qu'elle était folle, raconte elle aussi son histoir

Les techniques de manipulation
Publiée le 1 févr. 2013
Vous allez découvrir dans cet étonnant documentaire de la TSR, les techniques de manipulation utilisées au quotidien. Sachez les reconnaître et vous en préserver. Poursuivez la discussion sur
http://potiondevie.fr/manipulation
REPORTAGE COMMENT HOLLYWOOD CRÉÉ L’ISLAMOPHOBIE ET LA HAINE DES ARABO MUSULMANS

En voyant ces images, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a quelque chose de planifié, tellement il y a une certaine constance dans la perception manichéenne et simpliste de l’arabo-musulman. Mais est-ce vraiment voulu ? Ne serait-ce pas simplement une incapacité profonde à accepter la différence de l’autre? En tout cas, projet volontaire ou pas, le résultat est là ; on a réussi à passer du cinéma basé sur un imaginaire bourré de fantasmes à une réalité calquée sur cet imaginaire.
Avic
Cathy O’Brien : Temoignage
Traduction en français:
Cathy O'brien est une survivante d'expériences de "manipulations mentales, ou de l'esprit" orchestrées dans des programmes confidentiels du gouvernement américain. Née dans une famille ou ses parents avaient été victimes de programmes similaires, de façon à créer des lignées d'esclaves "robotiques". Elle fut "programmée"entre autres pour être une esclave sexuelle. Elle rapporte que sa propre fille de 8 ans en a été victime elle aussi, et violée par "Mr" George Bush Senior. Sa aproximité avec ces hommes d'état tels ronald reagan, clinton, sénateur R.C BIRD ,lui a apporté ce point de vue terriblement réel que voici.
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Distribution des vérités que les grands médias doivent ignorer.
Le 3 Août, 1977 le 95e Congrès américain a ouvert des audiences sur les violations signalées concernant TOP SECRET contrôle de l'esprit du code de programme de recherche de la CIA nommé MK-Ultra. Le 8 Février 1988, au plus haut niveau une victime MK-Ultra, Cathy O'Brien, a été secrètement sauvé de son asservissement du contrôle de l'esprit par l'Intelligence initié Mark Phillips.Leur quête de sept ans de la Justice a été interrompue pour des raisons de sécurité nationale. TRANCE Formation of America dévoile la vérité derrière ce programme gouvernemental secret et son but ultime: le contrôle psychologique d'une nation.
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POUR CEUX QUI COMPRENNENT L'ANGLAIS
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